
Chasse immobilière locative : comment Homers fait gagner une journée aux agences sur le tri des candidatures
Homers déploie un réseau de 100 chasseurs locatifs en France. Dossiers certifiés, visites gérées, honoraires préservés. Interview Mickael Morelli, cofondateur.
1 100 candidatures pour un studio à Paris. C’est le pic qui a été mesuré en pleine période locative. Une seule personne signe le bail. Les 1 099 autres recommencent. Et l’agence, elle, a passé des heures à trier, vérifier, relancer.
Le marché locatif français est structurellement déséquilibré. Dans les grandes métropoles, le nombre de candidats dépasse largement l’offre disponible. Les profils sont de plus en plus variés : salariés en mobilité, indépendants avec peu d’historique, expatriés qui ne peuvent pas se déplacer, étudiants en première installation. Et côté agences, la charge opérationnelle sur le locatif est considérable, pour des marges qui restent faibles.
C’est dans ce contexte que Mickael Morelli a cofondé Homers il y a trois ans. L’idée : transposer à la location ce que la chasse immobilière fait depuis longtemps en transaction. Dans cet épisode du podcast En Visite, enregistré dans les vignes d’Aix-en-Provence, il explique comment un réseau de cent chasseurs locatifs change l’équation pour les candidats et pour les agences.
Mickael Morelli et la genèse de Homers : de la mobilité professionnelle à la chasse locative
Homers est né d’un dispositif d’aide à la mobilité géographique et professionnelle. L’ancien dispositif MobiliPasse permettait à un salarié muté dans une nouvelle ville de bénéficier d’un accompagnement pour trouver un logement. C’est par ce biais que les trois cofondateurs (Mickael Morelli, un second Mickael et Benjamin, le CTO) ont construit le réseau initial de chasseurs.
Très vite, le constat s’est élargi. Le marché locatif se tendait. La chasse immobilière en transaction existait depuis longtemps, avec des acteurs bien installés. En location, personne ne s’y était vraiment attaqué. L’attention croissante autour du sujet du logement, la complexification des profils candidats et le déséquilibre offre-demande ont confirmé l’opportunité.
Trois ans plus tard, Homers compte une centaine de chasseurs répartis sur les dix premiers bassins locatifs en France, une équipe interne de six personnes, et traite des dossiers sur tout le spectre : du studio étudiant au logement familial haut de gamme.
Pour découvrir Homers : Homers
Pourquoi le marché locatif français a besoin de chasseurs
Le déséquilibre du marché locatif n’est pas conjoncturel. Il est structurel. Dans les zones tendues (Paris, Lyon, Bordeaux, Aix-en-Provence, Lille), le nombre de candidatures par annonce dépasse régulièrement la centaine. Sur les pics de la période estivale (mi-juin à mi-septembre), les chiffres s’envolent.
Ce déséquilibre crée deux problèmes simultanés. Côté candidat, la recherche devient un parcours du combattant. Les alertes locatives ne suffisent plus : quand l’annonce arrive, 700 personnes l’ont reçue en même temps. Les profils atypiques sont les premiers éliminés. Un indépendant avec moins de trois ans de bilan, un expatrié qui ne peut pas se déplacer, un étudiant sans garant solide : tous ont le droit de se loger, mais le marché les pénalise.
Côté agence, le flux de candidatures est ingérable. Un gestionnaire locatif qui laisse une annonce ouverte sur un portail reçoit des centaines de dossiers. Le tri, la vérification de solvabilité, les allers-retours avec les candidats, les visites à organiser : tout ça représente un temps considérable pour une marge qui reste faible sur le locatif. Le coût opérationnel est disproportionné par rapport au revenu généré.
Comment fonctionne Homers : le processus complet
Le processus Homers se décompose en plusieurs étapes, prises en charge intégralement par le chasseur (appelé “locker” chez Homers, en référence à celui qui verrouille le logement pour le candidat).
Le matching. Le candidat s’inscrit et paie des frais de dossier de 290 euros. En moins de 24 heures, il est mis en relation avec un chasseur local spécialisé sur son bassin de recherche. Le matching est automatisé et boosté par l’IA pour affiner la cohérence entre le profil du candidat et l’expertise du chasseur.
Le cadrage. Le chasseur recadre le besoin en fonction du dossier, du marché local et de la réalité de l’offre. Il ajuste les attentes si nécessaire : budget, quartier, surface, compromis possibles. Beaucoup de candidats arrivent avec des critères décalés par rapport à ce que le marché propose réellement. Le chasseur connaît son bassin et sait guider intelligemment la recherche.
La consolidation du dossier. Le chasseur monte un dossier complet et certifié. Il vérifie la solvabilité, met en place les garanties si nécessaire (GarantMe, SmartGarant ou GLI de l’agence) et s’assure que le dossier est recevable avant de le présenter à une agence.
L’identification de l’offre. Le chasseur ne se limite pas aux annonces publiées. Il active un réseau de partenaires locatifs pour accéder à du off-market. L’objectif : proposer des biens avant qu’ils n’arrivent sur les portails, quand c’est possible.
Les visites et la sélection. Le chasseur prévisite les biens, produit un rapport complet (état du logement, points d’attention, vices éventuels) et accompagne le candidat jusqu’à la décision.
Le solde au succès. Les 1 000 euros restants ne sont facturés qu’une fois le logement trouvé et le bail signé. Le tarif est forfaitaire, quel que soit le montant du loyer.
Ce que Homers change pour les agences immobilières
Mickael Morelli est clair sur le positionnement vis-à-vis des agences : Homers n’est pas un concurrent, c’est un facilitateur.
Le premier gain, c’est le filtrage. Au lieu de recevoir des centaines de candidatures brutes, l’agence reçoit des dossiers déjà triés, vérifiés, certifiés solvables. Le deuxième, c’est le temps. Mickael estime qu’un chasseur fait gagner une journée complète à une agence sur le traitement d’une annonce en zone tendue. Le troisième, c’est la charge opérationnelle : les visites, les relances, les allers-retours avec le candidat, la relation avec le bailleur sont pris en charge par le chasseur. Et le quatrième : les honoraires de l’agence ne sont pas touchées. C’est le candidat qui paie le service.
Pour les agences qui font de la gestion locative, l’intérêt est d’autant plus marqué. Le locatif représente souvent un volume de travail élevé pour des marges faibles. Externaliser la partie qualification et accompagnement candidat permet de se concentrer sur la relation bailleur et la gestion du portefeuille.
Les profils atypiques : rendre un dossier recevable quand le marché vous élimine
L’un des apports les plus concrets de Homers concerne les profils que le marché peine à traiter. Les indépendants avec moins de trois ans de bilan n’ont souvent pas les justificatifs que les agences demandent. Les expatriés en mobilité internationale ne peuvent pas visiter et ne connaissent pas les codes du marché français. Les étudiants en première installation ont rarement un garant solide.
Le chasseur intervient sur deux leviers. Il restructure le dossier pour le rendre conforme aux critères des agences : présentation des revenus, mise en forme, pièces complémentaires. Et il active les garanties locatives (GarantMe, SmartGarant) pour compenser un taux d’effort trop élevé ou un historique insuffisant. Homers négocie des tarifs préférentiels sur le coût annuel de ces garanties pour ses candidats.
Le résultat : des profils qui seraient éliminés au premier tri deviennent des dossiers recevables. L’agence y gagne aussi : un candidat garanti, c’est un risque en moins pour le bailleur.
L’IA chez Homers : booster les chasseurs, pas les remplacer
La question de l’IA se pose inévitablement pour une plateforme qui gère un réseau de cent indépendants. Mickael Morelli est transparent sur le sujet : Homers a étudié la possibilité d’agents IA autonomes. La conclusion est nette : c’est un no-go.
La raison tient à la nature du service. Chercher un logement, c’est un moment de vie chargé en émotion. Une naissance, une mutation, un divorce, une première installation. Le chasseur est, selon les mots de Mickael, “la première éponge émotionnelle du candidat”. Un agent IA peut scraper des annonces et matcher des critères. Il ne peut pas rassurer quelqu’un qui stresse à l’idée de ne pas trouver de logement dans trois semaines.
En revanche, l’IA est déployée en interne pour augmenter les chasseurs. Le matching candidat-chasseur est automatisé. Le scraping d’annonces ciblé permet de faire remonter la bonne offre au bon moment. Une plateforme off-market est en développement pour connecter les biens reçus côté partenaires avec les besoins candidats. Et des outils de formation IA sont en cours pour accélérer la montée en compétences du réseau.
La suite : levée de fonds et structuration du réseau
Homers en est à trois ans d’existence. L’équipe interne compte six personnes, dont trois dédiées à la gestion du réseau de chasseurs. L’entreprise annonce en exclusivité dans cet épisode qu’une levée de fonds est en préparation pour accélérer sur trois axes : l’acquisition de nouveaux candidats (en reprenant de l’autonomie par rapport aux portails), la structuration du réseau (avec le recrutement d’une tête de réseau dédiée en 2027) et le développement de la plateforme off-market.
L’ambition est claire : devenir la référence de la chasse locative en France, sur un marché qui n’a pas encore de leader identifié.
Ce qu’il faut retenir pour les agents immobiliers
La chasse locative comble un vide. Les candidats en zone tendue ont besoin d’un accompagnement que les portails ne fournissent pas. Les agences ont besoin d’un filtre humain pour traiter des flux de candidatures qui dépassent leur capacité opérationnelle.
Homers propose un modèle qui ne coûte rien à l’agence, ne touche pas à ses honoraires, et lui livre des dossiers prêts à valider. Pour les gestionnaires locatifs en zone tendue, c’est une brique qui mérite d’être testée.
La question qui se pose : à mesure que le marché locatif continue de se tendre, combien de temps avant que la chasse locative devienne un réflexe, comme elle l’est déjà en transaction ?
Pour aller plus loin
🎧 Écoutez l’épisode complet Mickael Morelli détaille le fonctionnement du réseau de chasseurs, les partenariats de garantie, et annonce en exclusivité une future levée de fonds. Un échange terrain, enregistré dans les vignes d’Aix-en-Provence.
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