
Succession et immobilier : ce que tout agent doit vérifier avant de signer un mandat
Un mandat de vente signé sans attestation de notoriété ne vaut rien. Maître Romain Miermont (Aguesseau Notaires) détaille le calendrier d'une succession et les points de vigilance pour les agents immobiliers.
Un mandat de vente signé par un héritier qui n'a pas la qualité pour le faire ne vaut rien juridiquement. Combien d'agents découvrent ce point après plusieurs semaines de travail sur un dossier? Le sujet de la succession touche l'activité de transaction bien plus que la profession ne le pense. Une part significative des biens mis en vente en France provient d'un décès. Et la mécanique juridique qui entoure ce moment reste largement méconnue des professionnels de l'immobilier.
Romain Miermont, notaire associé de l'étude Aguesseau Notaires à Paris, reçoit au quotidien des héritiers désorientés face à un calendrier fiscal serré et une administration peu clémente sur les retards. Dans cet épisode d'En Visite, il reconstitue le fil chronologique d'une succession, de l'attestation de notoriété jusqu'au partage final. Il insiste sur les points qui concernent directement les agents immobiliers. Vous allez comprendre pourquoi un mandat signé trop vite peut se révéler caduc, comment le délai de six mois transforme certains vendeurs en vendeurs sous contrainte, et quels leviers patrimoniaux (assurance-vie, démembrement, abattements) pèsent sur la mise en vente d'un bien hérité.
Romain Miermont et l'étude Aguesseau Notaires : une méthode pour traiter la succession sans perdre de temps
Romain Miermont exerce depuis seize ans à l'étude Aguesseau Notaires, rue d'Aguesseau à Paris. Il est aujourd'hui l'un des sept associés d'une structure qui réunit une quarantaine de collaborateurs, après avoir gravi les échelons progressivement, du poste de collaborateur jusqu'à l'association. Cette trajectoire lui donne une vision complète des dossiers de succession traités par l'étude, des transmissions simples aux patrimoines professionnels plus complexes.
Contrairement aux invités habituels du podcast, Romain Miermont ne porte pas un produit numérique. Sa réponse au problème, ce sont les process mis en place par Aguesseau Notaires pour réduire le temps perdu au démarrage d'un dossier : envoi d'une liste exhaustive de documents à préparer avant le premier rendez-vous, centralisation des liquidités sur un compte séquestre unique, recherche systématique d'un testament sur la base nationale avant toute autre démarche.
Cette méthode répond à un problème très concret. Les héritiers arrivent en moyenne deux à trois semaines après le décès pour ouvrir le dossier de succession, alors que le délai fiscal court dès le jour du décès. Sur les six mois disponibles pour déposer la déclaration, un cinquième est déjà consommé avant même le rendez-vous d'ouverture. Romain Miermont résume la philosophie de l'étude en une phrase : "on ne le dira jamais assez, ce qui est hyper important, c'est l'anticipation." Une anticipation qui commence par un tiroir bien rangé, des mots de passe consignés et des relevés bancaires accessibles, à une époque où le papier a disparu des foyers les plus jeunes.
Pourquoi la succession concerne directement les agents immobiliers
La plupart des successions en France n'ouvrent pas droit à des frais de succession. Romain Miermont confirme le chiffre souvent avancé : environ 85% des dossiers ne génèrent aucun droit à payer. Mais ce chiffre masque une réalité importante pour l'immobilier. Dès qu'un bien entre dans l'actif d'une succession, une démarche notariale devient obligatoire, indépendamment du montant des droits.
"Il suffit d'avoir 50 m² à Paris, même moins, pour avoir potentiellement déjà une déclaration de succession à faire, une attestation de propriété", explique le notaire. L'attestation de propriété transfère juridiquement le bien aux héritiers. Sans elle, aucune vente ne peut être régularisée chez le notaire, quel que soit le mandat signé en amont.
Ce point change la lecture d'un dossier de succession pour un agent. Un bien immobilier reste souvent le seul actif significatif d'un patrimoine familial français. "On n'a pas souvent d'actifs liquides, les comptes en banque ne sont pas pleins, on a du mal à avoir de la trésorerie en France", résume Romain Miermont. Quand des droits de succession sont dus, c'est fréquemment la vente du bien qui permet de les régler. L'agent immobilier devient alors, sans toujours le savoir, un acteur du règlement fiscal d'une famille.
Attestation de notoriété : le document que tout agent doit exiger avant de signer un mandat
La première étape du dossier chez le notaire, c'est la recherche d'un éventuel testament sur une base nationale, puis l'établissement de l'attestation de notoriété. Ce document liste les héritiers reconnus d'une personne décédée. Il constitue la seule preuve légale de qui peut engager la succession, notamment en signant un mandat de vente.
Romain Miermont s'adresse directement aux professionnels de l'immobilier sur ce point : "j'attire l'attention surtout des agents immobiliers, sans acte de notoriété, on ne peut pas se faire justice soi-même." Un héritier qui se présente en affirmant que son parent est décédé peut être cru sur parole humainement. Légalement, cette parole ne suffit pas pour engager un mandat exclusif ou une négociation.
Cette vigilance ne s'arrête pas à la signature. Un mandat pris trop vite, sans vérification de l'ensemble des documents utiles, peut devenir caduc au moment de la vente. L'état hypothécaire, l'identification complète des héritiers et l'existence d'un testament modifiant la répartition légale sont autant d'éléments qui doivent être réunis avant toute mise sur le marché. Un montage juridique mal identifié en amont oblige souvent à recommencer une partie du travail commercial, ce qui coûte du temps sur un dossier déjà contraint par le calendrier fiscal.
Autre point utile pour rassurer un client : contrairement à une idée répandue, les héritiers ne sont pas obligés de consulter le notaire qui suivait leur parent. N'importe quel notaire peut ouvrir le dossier et interroger la base nationale des testaments. Un agent qui travaille avec un notaire réactif et habitué aux transactions peut donc orienter un client vers une étude susceptible d'accélérer le traitement du dossier, sans attendre un rendez-vous avec un notaire éloigné géographiquement ou surchargé.
Le compte à rebours fiscal de six mois et son impact sur la mise en vente
Le délai de six mois pour déposer la déclaration de succession n'a pas d'incidence civile directe. Il déclenche en revanche des pénalités et intérêts de retard dès qu'il est dépassé. Ce calendrier pèse sur la façon dont un bien hérité arrive sur le marché.
Entre les obsèques, l'ouverture du dossier et la signature de l'acte de notoriété, une part importante du délai est déjà consommée. Romain Miermont l'observe régulièrement : "on arrive à sortir sous un mois, un mois et demi, avec sa notoriété. De rien, on a déjà presque un cinquième ou un sixième du temps qui est passé." Il reste alors trois mois et demi à quatre mois pour signer un mandat, trouver un acquéreur et régulariser la vente avant l'échéance fiscale.
Cette contrainte de temps crée une dynamique particulière côté vendeur. Un héritier qui doit régler 20 000, 30 000 ou 40 000 euros de droits sans disposer de liquidités suffisantes devient un vendeur sous pression de trésorerie, pas nécessairement un vendeur prêt à négocier à tout prix. La distinction compte pour l'agent : accompagner ce type de dossier suppose de fixer un prix réaliste dès le départ plutôt que de tester le marché sur plusieurs mois, au risque de dépasser l'échéance des six mois.
Quand la vente n'aboutit pas à temps, l'administration fiscale propose des paiements différés ou fractionnés. Romain Miermont rappelle qu'il s'agit d'un mécanisme de crédit, pas d'un simple report administratif : des intérêts s'appliquent chaque année jusqu'à la vente du bien ou le décès du bénéficiaire du différé. Un agent qui comprend ce mécanisme peut expliquer à son client pourquoi vendre dans les délais évite un coût financier supplémentaire, ce qui renforce sa position de conseil plutôt que de simple exécutant de mandat.
Usufruit, quasi-usufruit et démembrement : lire le montage familial avant d'estimer
La configuration familiale détermine souvent si un bien sera mis en vente rapidement ou conservé. Quand un parent décède, le conjoint survivant conserve fréquemment un usufruit sur la résidence principale. Il peut y rester ou en percevoir les loyers s'il choisit de la mettre en location. Dans ce cas, aucune vente n'est requise à court terme, malgré les droits de succession dus par les enfants.
Romain Miermont détaille une situation moins connue : le quasi-usufruit, qui porte sur les sommes d'argent et non sur un bien physique. Le conjoint survivant peut utiliser les liquidités héritées, y compris pour financer une fin de vie coûteuse en établissement spécialisé. "S'il ne reste plus rien à la fin, il ne reste plus rien à la fin, les enfants n'ont rien à rapporter", précise le notaire. Une partie des droits payés au moment du décès du premier parent peut ainsi correspondre à des sommes qui auront entièrement disparu au moment du second décès, sans recours possible pour les héritiers.
Cette lecture patrimoniale intéresse aussi les agents qui travaillent avec des chefs d'entreprise. Les parts sociales d'une société entrent dans l'actif successoral au même titre qu'un bien immobilier. Un héritier ne devient pas automatiquement associé, mais la valeur des parts est taxée. Quand l'entreprise n'a pas de liquidités disponibles pour racheter les parts du défunt, ce sont parfois les associés restants qui doivent trouver un financement dans les mêmes six mois. Ce type de dossier, plus rare mais réel, peut expliquer la mise en vente rapide d'un bien immobilier professionnel ou personnel appartenant au même patrimoine.
Plus-value, abattements et assurance-vie : les leviers qui influencent le prix de sortie
Au moment de la déclaration de succession, un abattement de 20% s'applique sur la valeur de la résidence principale. Cet avantage fiscal a une contrepartie au moment de la revente. La plus-value immobilière se calcule entre la valeur retenue au décès et le prix de vente final, sans ajustement lié à l'inflation, uniquement selon la durée de détention. Romain Miermont résume la logique : "ce qu'on gagne d'un côté, on ne peut pas le gagner de l'autre. On est quand même dans un domaine fiscal." Un bien hérité et revendu après trente ans de détention bénéficie d'une exonération totale de plus-value, quelle que soit l'évolution du marché entre les deux dates.
Pour un agent, ce mécanisme a une conséquence pratique : la valeur retenue dans l'acte de succession, souvent issue d'une estimation immobilière, détermine la base de calcul de la future plus-value. Une estimation trop basse au moment du décès peut alourdir la fiscalité d'une revente plusieurs années plus tard, notamment sur un marché qui a fortement progressé depuis.
L'assurance-vie reste, selon Romain Miermont, un outil de transmission particulièrement efficace, car elle échappe totalement à l'actif successoral. Chaque bénéficiaire désigné dispose d'un abattement de 152 500 euros exonéré de tout impôt, avec une taxation forfaitaire de 20% au-delà. Ce mécanisme, distinct des tranches classiques des droits de succession qui peuvent atteindre 15 à 20% dès que l'abattement légal de 100 000 euros par enfant est dépassé, permet à des clients qui anticipent leur transmission de réduire fortement la pression fiscale sur leurs héritiers. Un agent qui accompagne des propriétaires en fin de vie active ou en transmission patrimoniale peut relayer cette information, sans se substituer au conseil du notaire, pour orienter ses clients vers une réflexion plus large que la seule vente d'un bien.
Ce que les agents immobiliers doivent retenir
Un dossier de succession n'est pas un mandat comme les autres. L'attestation de notoriété conditionne la validité de toute signature, le calendrier fiscal de six mois façonne le comportement du vendeur, et la configuration patrimoniale (usufruit, quasi-usufruit, assurance-vie) détermine si un bien sera réellement mis en vente ou conservé. Ces éléments, souvent ignorés au moment de la prise de mandat, expliquent une part des dossiers qui échouent ou traînent inutilement.
Romain Miermont insiste sur un point simple à mettre en pratique : demander systématiquement l'acte de notoriété avant toute signature, et poser la question du financement des droits de succession dès le premier entretien. Ces deux réflexes évitent des mois de retard et des mandats fragilisés.
La succession restera un sujet récurrent pour la profession, portée par le vieillissement démographique et la transmission massive de patrimoine à venir dans les prochaines décennies. Les agents qui maîtrisent ces mécanismes gagnent en crédibilité auprès de clients souvent désorientés par le vocabulaire juridique et fiscal.
Pour aller plus loin
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Romain Miermont détaille dans cet épisode le déroulé complet d'une succession, minute par minute, avec des exemples chiffrés sur les droits, l'assurance-vie et le paiement différé. Une conversation directe, sans jargon inutile, qui éclaire un sujet que la plupart des professionnels de l'immobilier abordent sans en maîtriser les règles.
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