
Recherche immobilière par IA : comment Omny veut remplacer les listes d’annonces par des leads qualifiés
100 demandes pour conclure 1 vente. C’est le ratio que connaissent la plupart des agents immobiliers qui travaillent avec les portails d’annonces. Un volume massif de contacts, très peu de qualification, et un coût fixe qui ne baisse pas, quelle que soit la conjoncture. Le problème n’est pas nouveau. Mais la réponse technologique, elle, l’est. Depuis quelques mois, une nouvelle génération de plateformes tente d’inverser la mécanique : partir du projet de l’acquéreur plutôt que de l’annonce, qualifier en amont plutôt qu’en aval, et ne connecter l’agent qu’avec les contacts qui ont une vraie probabilité de transformation.
100 demandes pour conclure 1 vente. C’est le ratio que connaissent la plupart des agents immobiliers qui travaillent avec les portails d’annonces. Un volume massif de contacts, très peu de qualification, et un coût fixe qui ne baisse pas, quelle que soit la conjoncture.
Le problème n’est pas nouveau. Mais la réponse technologique, elle, l’est. Depuis quelques mois, une nouvelle génération de plateformes tente d’inverser la mécanique : partir du projet de l’acquéreur plutôt que de l’annonce, qualifier en amont plutôt qu’en aval, et ne connecter l’agent qu’avec les contacts qui ont une vraie probabilité de transformation.
C’est exactement ce que construit Omny. Dans cet épisode du podcast En Visite, Franck Le Tendre, CEO et cofondateur d’Omny, ancien président de Meilleurs Agents, explique comment son passage au sein des portails lui a donné l’idée de cette plateforme, et ce que ça change concrètement pour les agents immobiliers.
Franck Le Tendre et la genèse d’Omny : une idée née de l’intérieur des portails
Franck Le Tendre n’est pas un inconnu du secteur. Ancien président de Meilleurs Agents, il a passé plusieurs années aux premières loges du modèle portails. C’est précisément cette expérience qui a fait germer l’idée d’Omny : “J’ai été un peu aux premières loges pour voir comment ça fonctionnait et les endroits où ça fonctionnait un peu moins bien. Je me suis focalisé sur là où ça fonctionnait moins bien.”
L’idée prend forme en avril 2025, lorsqu’il rencontre Olivier, son associé, serial entrepreneur à sa quatrième entreprise, fraîchement sorti d’un exit. Les deux cofondateurs passent l’été à poser les fondations fonctionnelles et techniques. La société est incorporée en septembre 2025, les premiers développements démarrent dans la foulée.
Six mois plus tard, l’équipe compte 5 salariés et une quinzaine de prestataires, installée dans le 9e arrondissement de Paris. La plateforme est construite en partie grâce à l’IA, y compris en interne : pas de back-office traditionnel, mais des agents IA spécialisés capables de gérer la facturation, la mise à jour des comptes ou le recrédit d’un utilisateur.
Pour tester la plateforme : Omny
Pourquoi le modèle des portails immobiliers montre ses limites
Pour comprendre Omny, il faut revenir sur le modèle qu’il entend remplacer. Les portails d’annonces immobilières existent depuis une trentaine d’années en France. Mais comme le souligne Franck Le Tendre, le modèle est bien plus ancien : “C’est vieux, ça date du papier. C’est les journaux, les encarts dans le supplément du week-end.”
Internet a numérisé cette logique sans la transformer. L’agent payait un encart dans le journal. Il paie aujourd’hui un abonnement pour publier ses annonces sur un portail. Le format a changé, le principe de monétisation est resté le même : payer pour de la visibilité.
Pendant 30 ans, le rôle d’Internet a été d’organiser l’accès à l’information. Les portails sont devenus des experts du SEO et du référencement. Un acquéreur cherche un T2 à Courbevoie, les résultats arrivent instantanément.
Le problème : cette logique produit du volume, mais peu de pertinence. L’agent reçoit des dizaines, parfois des centaines de demandes par annonce. Le lead type se résume à un nom et un numéro de téléphone. Pas de contexte sur le projet, pas de budget vérifié, pas de critères affinés. Il faut rappeler, qualifier, trier. Le ratio final tourne autour de 1% de transformation.
Pour les agents, c’est un double coût : financier (l’abonnement portails) et temporel (le tri des leads non qualifiés).
Comment l’IA d’Omny inverse la logique de recherche immobilière
Omny prend le contre-pied de cette mécanique. Au lieu de partir des annonces pour trouver des acheteurs, la plateforme part des acheteurs pour trouver les biens.
Le particulier échange avec une IA conversationnelle qui fonctionne comme un chasseur d’appartement personnel. La discussion porte sur le projet de vie : une famille qui s’agrandit, une relocalisation professionnelle, un divorce, un investissement. L’IA capte les motivations explicites et implicites. Quand l’utilisateur rejette un bien, elle demande pourquoi et ajuste ses propositions.
Franck Le Tendre résume la philosophie : “Ça ne sert à rien, les listes de résultats. Ça ne sert à rien de rentrer tes critères et d’avoir 250 annonces. Je vais te trouver les 4-5 qui te correspondent précisément.”
Trois capacités techniques rendent cette promesse possible.
La lecture des photos. L’IA d’Omny analyse les visuels des annonces et les transforme en critères de recherche. Un utilisateur qui demande “je veux vivre dans de l’haussmannien” obtient des résultats basés sur ce que montrent les photos, pas seulement sur ce que décrit le texte. Cuisine ouverte, poutres apparentes, jardin avec piscine : si l’information est visible sur une photo, l’IA la détecte, même si le rédacteur de l’annonce ne l’a pas mentionnée.
L’enrichissement par 50+ sources de données externes. Chaque bien est contextualisé avec des données que l’annonce ne contient jamais : nuisances sonores, couloirs aériens, proximité des transports, notation des écoles, zones de retrait-gonflement des argiles, données sociodémographiques, crèches, activités sportives. Un acquéreur qui veut un quartier calme ne recevra pas un appartement face à une cour d’école ou au-dessus d’un restaurant.
La recherche par usage. Au lieu de remplir des cases (prix min, prix max, surface, nombre de pièces), l’utilisateur peut poser des questions de vie : “Quels sont les quartiers calmes à Lyon ?”, “Je travaille à La Défense, quelles villes sont desservies par la ligne A du RER ?”, “Je veux emmener mes enfants à l’école à pied.” L’IA traduit ces critères de vie en critères de recherche.
Ce que change Omny pour l’agent immobilier au quotidien
Pour l’agent, le changement se mesure à trois niveaux.
La qualité du lead. Ce que l’agent reçoit d’Omny n’est pas un nom et un téléphone. C’est un lead scoré (de 0 à 100 sur 6 à 7 dimensions), accompagné d’une fiche de qualification complète : durée des interactions, biens likés, goûts, style, éléments négociables et non négociables, synthèse de la conversation. L’agent sait exactement ce que cherche la personne avant même de décrocher le téléphone.
Le taux de conversion annoncé : 1 lead sur 5. Contre 1 sur 100 en moyenne sur les portails.
Le modèle économique. Omny ne facture rien pour diffuser les annonces. L’agent ne paie que lorsqu’il reçoit un lead qualifié. Le prix varie entre 5€ et 50€ selon le score de qualification. Le système fonctionne par crédits : l’agent charge un portefeuille (100€, 200€, 500€), consomme au fil des leads, recharge quand il veut.
Pas d’abonnement, pas d’engagement. Un mandataire indépendant peut tester avec 100€. Une agence peut ajuster ses dépenses selon la saisonnalité. Franck Le Tendre assume ce choix : “Quitte à commencer une boîte, autant le faire avec les nouveaux usages. C’est : je paie à l’usage.”
La logique du lead. Chez Omny, un lead est un couple bien-personne. Si un acquéreur est intéressé par trois biens gérés par trois agences différentes, chaque agence reçoit le lead sur son propre bien. En revanche, le même bien ne sera jamais envoyé à plusieurs agents simultanément. L’agent dispose de 48 heures pour valider le lead. S’il ne le fait pas, le lead passe à un autre agent.
Investisseurs, locataires : les cas d’usage inattendus d’Omny
L’une des surprises du lancement : les investisseurs immobiliers sont surreprésentés parmi les premiers utilisateurs. L’IA d’Omny est capable de croiser des critères de rendement locatif avec les données de marché et de proposer des biens dans des zones précises (première ou deuxième couronne de Paris, par exemple). Les retours des investisseurs sont positifs sur la pertinence des résultats.
La plateforme couvre aussi la location. Pour les agents qui gèrent des portefeuilles locatifs, la volumétrie de demandes est un problème connu : jusqu’à 500 demandes par jour sur une annonce en zone tendue. L’IA filtre en amont et ne transmet que les candidats dont le profil correspond réellement au bien.
Autre cas d’usage intéressant : l’IA peut identifier qu’un locataire aurait les moyens d’acheter. Elle détecte les zones à TVA réduite, les programmes neufs éligibles au PTZ, et suggère des alternatives d’acquisition à des personnes qui ne se projetaient pas comme propriétaires.
La suite : rendre les biens des agents visibles directement par les IA génératives
La roadmap d’Omny pointe vers un changement plus profond. Aujourd’hui, la recherche immobilière sur les IA génératives (ChatGPT, Gemini, Claude) représente encore quelques pourcents du trafic. Mais les usages bougent. De plus en plus de particuliers commencent leur réflexion sur ces plateformes avant d’aller sur Google ou sur un portail.
L’objectif d’Omny : permettre aux agents immobiliers de rendre leur inventaire directement visible par ces IA, sans passer par les portails. Concrètement, un particulier qui démarre une recherche sur ChatGPT verrait remonter des biens issus de l’inventaire des agents, via Omny, avec la même logique de qualification et de pertinence.
Franck Le Tendre pose le cadre : “Il faut capter l’intention là où elle démarre. Et de plus en plus, elle démarre sur les IA.”
Pour les agents, c’est un canal d’acquisition qui n’existait pas il y a deux ans. Et qui pourrait redistribuer les cartes face aux portails historiques.
Ce qu’il faut retenir pour les agents immobiliers
Omny représente un pari : celui de remplacer la logique de visibilité (payer pour être vu) par une logique de pertinence (payer pour être connecté au bon acquéreur). Le modèle sans abonnement, le scoring transparent et le taux de conversion annoncé (1 sur 5) constituent des arguments concrets pour les agents qui cherchent à optimiser leur retour sur investissement.
La plateforme est jeune : six mois de développement, une équipe de cinq personnes. Mais l’approche technique (lecture des photos, enrichissement par données externes, IA conversationnelle) répond à des frustrations très documentées du côté des agents.
La question qui se pose maintenant : à quelle vitesse les agents immobiliers accepteront-ils de tester un modèle radicalement différent de celui qu’ils utilisent depuis 30 ans ?
Pour aller plus loin
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